Au Cœur de la Santería : Plongée dans le Museo Casa de África de La Havane

Dans le dédale animé des rues pavées de La Vieille Havane, un lieu unique préserve la mémoire et l’âme de l’Afrique à Cuba. Le Museo Casa de África, niché dans une ancienne demeure coloniale, offre bien plus qu’une simple exposition : c’est une immersion poignante dans l’héritage complexe et vivant de la traite négrière et du syncrétisme religieux.

En poussant la lourde porte du musée, le visiteur est immédiatement saisi par une atmosphère particulière, un mélange de solennité historique et de spiritualité palpable. La visite de ce mardi 17 juin 2025 commence par une évocation nécessaire de l’indicible : l’esclavage. Des fers, des chaînes et des instruments de contrainte rappellent avec une brutalité glaçante le calvaire enduré par des millions d’Africains déportés vers l’île. Ces objets, témoins silencieux de la souffrance, posent le fondement sombre sur lequel s’est construite une part essentielle de l’identité cubaine.

Mais la mission du musée, inspirée par le travail monumental de l’ethnographe cubain Fernando Ortiz, va bien au-delà de la commémoration de l’oppression. Ortiz, célèbre pour avoir forgé le concept de « transculturation » pour décrire le mélange intense des cultures à Cuba, a consacré sa vie à étudier et à valoriser les apports africains. Ses collections, rassemblées avec une passion d’érudit, forment le noyau des expositions.

La visite se poursuit ainsi vers une démonstration éclatante de la résilience et de la créativité nées de ce drame historique : le syncrétisme culturel et religieux. Les salles dédiées à la santería (ou regla de ocha) sont particulièrement fascinantes. On y découvre les autels colorés (fundamentos), les pierres sacrées (otanis), les vêtements rituels et les attributs des orishas, ces divinités africaines qui ont fusionné avec les saints catholiques pour survivre dans la clandestinité. Chango se confond avec Sainte-Barbe, Yemaya avec la Vierge de Regla, Oshun avec la Vierge de la Caridad del Cobre, patronne de Cuba.

Chaque vitrine raconte une histoire de résistance spirituelle et d’adaptation. Les masques, les instruments de musique comme les bata drums, utilisés dans les cérémonies, et les objets du quotidien témoignent d’une culture vivante, profondément enracinée dans la société cubaine contemporaine.

Plus qu’un dépôt d’objets anciens, le Museo Casa de África est un espace vibrant où le passé dialogue avec le présent. Il ne se contente pas de montrer des artefacts ; il explique comment les croyances, les rythmes, les danses et les traditions venues d’Afrique ont irrigué et transformé la culture cubaine pour donner naissance à une identité unique au monde.

En sortant du musée, sur les pavés chauds de la rue Obrapía, les sons de la rumba qui s’échappent d’une cour voisine résonnent différemment. La visite au Museo Casa de África laisse une empreinte durable. Elle offre non seulement une leçon d’histoire cruciale sur les racines africaines de Cuba, mais aussi une clé de compréhension pour appréhender la complexité et la richesse de l’âme de l’île. C’est un passage incontournable pour qui veut saisir l’essence même de La Havane.

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